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| Pélerinage du Qoylluri’ti, une fête sacrée au Pérou |

Hola todos, c’est Marion !
Début juin, j’ai eu la chance d’assister pendant 3 jours au pélerinage du Qoylluri’ti, qui part d’Ocangate pour rejoindre Tayancani, en passant par le village de Qoyllurit’i.

Fête Qoylluriti dans les Andes au Perou

 
Chaque année, 200 000 personnes rejoignent le Nevado de l’Ausangate pour recueillir les bonnes grâces de Dieu et de la Pachamama, la “Terre Mère”, avant la fête du Corpus Christi qui a lieu entre les mois de mai et juin selon les années. Cette festivité mélange les croyances du catholicisme et celles des cultes andins rendus aux dieux pré-hispaniques. Autrefois célébrée par les Incas, elle consistait en une cérémonie de culte au Dieu soleil, avec des offrandes à la Pachamama et des remerciements aux apos, ces glaciers qui fournissaient l’eau et donc la vie aux Incas. Les pabluchas, groupes de danseurs vêtus d’une robe noire avec des cloches, des masques colorés et une peau d’alpaga, allaient jusqu’aux glaciers pour y prendre de la neige et la ramener jusqu’à Cusco.

Fête Qoylluriti dans les Andes au Perou

 
La fête de Qoylluri’ti rassemble 10 000 pélerins constitués en huit "naciones" correspondant aux villages des régions alentours : Paucartambo, Quispicanchi, Canchis, Acomayo, Paruro, Tawantinsuyo, Anta et Urubamba. En plus des "naciones", d’autres centaines de milliers de personnes venant du Pérou, des pays voisins et même des 4 coins du monde, rejoignent le cortège et accompagnent le pélerinage. Le sanctuaire de Qoylluri’iti a été déclaré patrimoine de la nation en 2004, et le pélerinage patrimoine immatériel de l’humanité en 2011.
Le lundi 1er juin, à 5h du matin, nous prenons la route en direction d’Ocangate, village situé au pied de la chaîne de l’Ausangate à 3h de Cusco et point de départ du trek. Nous arrivons à 8h et retrouvons Severino et René pour charger la nourriture, les tentes et le reste de l’équipement. Nous commencons alors notre première journée de trek avec une petite marche de 3h sur 8km. Chaque kilomètre est signalisé par une croix, oú les pélerins se recueillent un à un. Tout le monde grimpe, que ce soit en couple, en famille, entre amis.

Fête Qoylluriti dans les Andes au Perou

 
A l’arrivée à Qoyllurit’i, le village déborde de monde. Difficile de se frayer un chemin entre les orchestres et les danseuses pour accéder à la chapelle oú se déroule la messe. Tous les pélerins s’y rendent pour déposer des fleurs, allumer des cierges, se recueillir et prier. Il y a foule. La danse joue un rôle central dans le pélerinage. Une centaine de danses, représentatives de chacune des naciones, sont présentées lors des processions. C’est une fête complètement délirante, oú les gens se bousculent, rient, dansent et font la fête.

Fête Qoylluriti dans les Andes au Perou

 
Nous accédons par la suite à notre campement, tout en haut de la vallée. Une place d’exception, bien gardée par Severino et René. Nous déjeunons en haut de la montagne et profitons du spectacle tout l’après-midi à 4900 mètres d’altitude. L’altitude se fait sentir : mal de tête, fatigue, perte d’appétit. On a quand même gagné 1500 mètres en quelques heures !
A la fin de cette première journée de trek, nous nous couchons tôt pour être prêts le lendemain à 4h du matin, grimper jusqu’au nevado avec le cortège et assister au lever du soleil. Malheureusement, il pleuvra toute la nuit et le sol gêlera, rendant ainsi le chemin difficilement praticable. Seules les naciones monteront jusqu’au Nevado.
Après un petit déjeuner au soleil avec vue sur les glaciers, nous descendons jusqu’à la chapelle pour jouer au jeu de l’illusion. Dans le monde du Qoyllurit’i, on peut en effet jouer au Monopoly grandeur nature. On achète de faux terrains, on construit de fausses maisons, on achète de faux passeports pour voyager à l’autre bout du monde, on dépose de l’argent à la banque et on marchande ainsi pendant des heures. Un espace est délimité au coeur de la vallée pour acheter les terrains et construire les maisons. Tout est extrêmement bien organisé : on choisit son terrain, on définit le nombre de mètres carré souhaités, on officialise l’achat avec un notaire, qui en présence de témoins fournit un acte de propriété. Chacun fête ses acquisitions, jetant ainsi des confettis et lancant des feux d’artifice.

Fête Qoylluriti dans les Andes au Perou

 
Vers 10h, nous entamons notre seconde journée de marche. Commence alors une procession de 24 heures jusqu’à Tayancani, village oú nous célèbrerons les premiers rayons de soleil. A vrai dire, seules les naciones marcheront 24h sans s’arrêter. Tous les autres pélerins, nous y compris bien sûr, feront une pause en chemin pour passer la nuit. Nous débutons la marche à flanc de colline jusqu’à un col à 5 100 mètres. La chaîne de l’Ausangate s’offre alors sous nos yeux et nous en profitons pour faire une pause afin de profiter de ce panorama spectaculaire.

Fête Qoylluriti dans les Andes au Perou

 
Nous descendons par la suite jusqu’à une petite lagune, oú notre chaman Juan Gabriel organise une cérémonie d’offrande à la Pachamama. Chacun d’entre nous prépare un petit tinku (“rencontre” en quechua), bouquet de trois feuilles de coca auquel chacun apporte un voeu et qui sera déposé au sein du paquet d’ingrédients faisant partie de l’offrande. Juan Gabriel ferme le paquet, le dépose au milieu du feu et demande à la Pachamama de nous apporter chance et courage pour ce pélerinage. A 5100 mètres, on avait aussi bien besoin qu’elle nous apporte de l’oxygène !

Fête Qoylluriti dans les Andes au Perou

 
Après le déjeuner, nous reprenons la route en direction de Tayancani et arpentons les montagnes jusqu’à 21 heures environ, finissant les dernières heures de marche de nuit avec la lampe torche. Nous montons le campement sur le chemin, et dégustons une soupe bien chaude avec un bon mate de coca. Nous irons tous nous coucher et guetterons l’arrivée de la Croix, fermant le cortège. C’est là toute la difficulté de ce trek : toujours rester proches du cortège et ne pas le perdre de vue ! Il faut absolument arriver à Tayankani avant le cortège pour pouvoir assister au spectacle. A 2h du matin, après une courte nuit de sommeil, nous levons alors le camp. Nous voilà donc repartis de nuit, éclairés par la luminosité de la pleine lune. Nous atteignons le village de Tayancani à 5h du matin, prêts pour assister au lever du soleil.
Nous savourons tous ensemble un café pendant que les danseuses ainsi que les pabluchas et pablitos se mettent progressivement en rang. Le jour se lève, mais le soleil tarde à montrer le bout de son nez, caché derrière les nuages. Or, sans un rayon de soleil, le spectacle ne peut pas commencer : c’est le Dieu soleil qui donne le go ! Nous attendons patiemment jusqu’à 7h30 du matin pour qu’un rayon de soleil apparaisse enfin et que le cortège commence le spectacle. Ce sont des milliers de pélerins qui se mettent alors à courir, danser et faire des acrobaties. Ce qui est impressionnant, c’est l’ordre artistique que les pabluchas et pablitos parviennent à mettre dans tout ce bazar et toute cette foule, sans même avoir répété une seule fois le spectacle. Comment se réunir pour des entraînements à plusieurs milliers de personnes ? Le spectacle descend et se poursuit juqu’en debut d’après-midi autour de la chapelle de Tayancani, oú seule une trentaine de familles vivent à l’année. Le village se vide peu à peu de toute la foule, retrouvant ainsi sa tranquillité, et nous rentrons à Cusco, après trois jours de marche, de fête et de richesse spirituelle.


 

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