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La chute des Incas

IncasLa connaissance des civilisations andines avant la découverte de l’Amérique par les Européens profite de l’étude des acariens trouvés dans les couches sédimentaires. Comment sont survenues l’ascension et la chute de l’Empire inca et des autres sociétés précolombiennes ?

Des acariens peuvent apporter un éclairage sur cette période méconnue de l’histoire, en témoignant des fluctuations des populations humaines. En effet, les Incas n’ont laissé aucune trace écrite. Une équipe de chercheurs, menée par Alex Chepstow-Lusty, du centre de bio-archéologie et d’écologie de Montpellier, s’est penchée sur les restes fossilisés des cuticules d’acariens découverts sur le site archéologique de Marcacocha au Pérou, un petit lac situé à une cinquantaine de kilomètres de Cuzco, l’ancienne capitale impériale.

Les scientifiques ont comptabilisé les oribates : une espèce d’acarien, mesurant moins d’un millimètre, qui vit dans les zones de pâturage et se nourrit des champignons se développant sur les excréments des animaux. Ils sont donc particulièrement nombreux dans les lieux d’élevage de bétail, des lamas dans cette région. « En nettoyant les sédiments afin d’isoler les pollens pour étudier les changements climatiques, on s’est aperçu qu’il y avait toujours énormément d’acariens dont on ne se servait pas, alors qu’ils sont très bien conservés », raconte Alain Gioda, spécialiste de l’histoire des climats à l’IRD (Institut de recherche pour le développement) et membre de l’équipe. C’est ainsi qu’est née l’idée des auteurs de l’étude : plus il y a d’acariens dans une couche géologique, plus l’élevage était important à cette époque, et plus les activités humaines et la société était développées.

Datation au carbone 14

Pour confirmer cette hypothèse, il fallait comparer les données d’une séquence sédimentaire bien datée (au carbone 14 par exemple), avec des documents historiques. Le choix des chercheurs s’est porté sur le petit lac de Marcacocha. Il est situé à proximité d’une ancienne voie de passage de caravanes, utilisée au moins depuis l’époque inca. C’est une oasis de verdure au milieu d’une montagne sèche, il a donc souvent servi de pâturage. En plus, il est localisé au creux d’une cuvette, qui constitue un piège pour les sédiments.

L’histoire de la région est connue à partir de 1530 avec l’arrivée des conquistadors espagnols de Francisco Pizarro. L’étude de la quantité d’acariens dans le sol a permis d’isoler quatre grandes périodes. Une première, qui commence au début du XVe siècle avec le développement rapide de l’Empire inca qui connaît son apogée durant les premières décennies du XVIe siècle. Puis, le nombre d’acariens chute subitement. C’est le commencement de la conquête espagnole avec son lot de maladies en provenance de « l’ancien monde ». Les populations humaines et de lamas diminuent de plus des deux tiers en une vingtaine d’années. L’introduction d’herbivores européens comme les vaches ou les chevaux associée au rétablissement de communautés rurales voit une nouvelle augmentation des acariens au XVIIe siècle. Enfin, entre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle la baisse des températures (en Europe cette période est appelée « petit âge glaciaire ») et l’apparition d’épidémies entraîne une forte diminution de population.

Étudier des époques plus lointaines

Inca pachacutecLa bonne corrélation entre données historiques et quantité d’oribates tout au long des niveaux géologiques atteste de la pertinence de la méthode. Il devient ainsi possible d’étudier des époques plus lointaines. Par exemple, autour du XIe siècle une abondance d’acariens marque la présence d’une ancienne civilisation (vraisemblablement les Tiwanaku) qui aurait, par la suite, migré plus au nord à cause d’un refroidissement climatique.

Cette technique demande encore à être affinée, en l’appliquant à d’autres sites des alentours de Cuzco, mais elle présente un gros avantage : elle nécessite peu de matériel. L’extraction des cuticules se fait par simple tamisage, et le comptage avec un microscope optique. « On a fait ça dans le garage d’Alex (Chepstow-Lusty, NDLR), s’amuse Alain Gioda, c’est bien plus simple que l’étude des grains de pollen. » À terme, elle s’appliquera sur n’importe quel site archéologique. Car « il y en a partout des oribates, confirme Alain Gioda, c’est formidable pour les scientifiques ».

(1) Publiée dans le Journal of Archaeological Science du 8 mars 2007.

[Source : Le Figaro – avril 2007 – Antonin Garnier]


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